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Tous nos mots
La nuit
La planète toute entière bascule les paupières,
Sitôt qu’elle entre en scène.
Tandis qu’en nombre infime, ceux qui prétendent l’aimer
La couvre de paillettes, pour ne point s’y frotter.
Elle reste cependant le repère des exclus,
Tous les rebus du monde viennent ainsi s’adosser,
Sans jamais s’y blottir, mille détresses accolées.
Timidement, à pas feutrés, longue féline ingénue,
Les yeux mornes et fardés, elle obscurcit les nues.
Et s’éclipse tôt matin sur la pointe des pieds,
Quand le chant des marins n’est que souffle léger.
Lorsque l’été s’installe, pour ne point perturber
Tous les esprits en fête, diffère son arrivée,
Se pose quelques instants, départ prématuré.
Allant même jusqu’à se parer d’étoiles pour nous paraître moins sombre.
Croissant d’œil, clin de lune, sourire d’un géant borgne.
De compagne, lui en qu’une, rousse ou pleine l’astre mort.
Inlassablement, pourtant, en quête de rencontre,
Jamais ne se dérobe et revient chaque soir,
Chercher derrière les ombres, espérance illusoire,
Un sourire, un mot tendre, une passion, une seconde.
Cycle triste d’une course aux chimères, destin inéluctable.
Elle est seule à jamais, et pour l’éternité,
Avare de mots assénés, drapée de cape noire,
Derrière ce faux semblant, bouillonne le désespoir,
Qui laisse sur les herbes le souvenir d’un long sanglot inconsolable.